Blues européen

Blues européen

Boris Johnson a jeté l’éponge. Après avoir convaincu 52 % des électeurs Britanniques de voter pour le divorce avec l’Union Européenne et contraint son ami David Cameron à la démission,  l’homme refuse d’assumer les conséquences des bobards racontés à ses compatriotes pendant la campagne pour le Brexit. Il ne briguera pas la direction du parti conservateur et le poste de Premier ministre. Seulement voilà, on ne joue pas à « tout ça c’était pour rire, on efface tout et on recommence comme avant ». Le Royaume Uni est dehors et restera dehors, car tel est son choix.

Candidate à cette double fonction, Thérésa May, la ministre de l’intérieur l’a dit sans ambages. « Brexit signifie Brexit. Il n’y aura pas de tentative pour rester dans l’UE, ou pour revenir par la porte de derrière ». Et pourtant elle a défendu le «Remain».

Le divorce sera long et douloureux. « Les Britanniques vont découvrir assez vite les conséquences » de leur décision, a averti Pierre Moscovici. Aucune complaisance et aucun passe-droit ne doivent être attendus. Le Royaume Uni va devenir un Etat tiers pour l’UE et s’il veut accéder au grand marché unique, son unique objectif, il devra accepter ses règles. Les quatre principes fondamentaux –libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes– sont indissociables et doivent être respectés sans exceptions ni nuances, ont insisté les 27 membres du club.

Le dernier sommet européen de David Cameron mardi à Bruxelles a été triste. Personne n’a été vraiment méchant, parce que «on ne frappe pas un homme a terre ». Mais certaines vérités lui ont été rappelées. «On ne peut pas pendant des décennies raconter à l’opinion publique que ça cloche au niveau de l’Union et être surpris que les électeurs finissent par vous croire», a asséné Jean-Claude Juncker.

Le Président de la Commission européenne sait de quoi il parle. Il a vécu un enfer avec la campagne de dénigrement montée au Royaume Uni contre sa candidature. Il a été présenté comme un ivrogne incapable d’assumer cette fonction et il n’est toujours pas parvenu à se débarrasser de cette image d’homme malade.

La cabale a repris, car certains cherchent à lui faire porter la responsabilité du vote des Britanniques. «Je ne suis ni fatigué ni malade », a-t-il affirmé avec force mardi lors de son intervention devant les élus européens  réunis en session extraordinaire à Bruxelles, quelques heures avant le sommet. « Je vais jusqu’à mon dernier souffle combattre pour une Europe unie », a-t-il ajouté.

 

Juncker sous surveillance

Mais l’attaque a porté. Jean Claude Juncker est fragilisé, sous surveillance. Son action déplaît dans les pays d’Europe de l’Est et à Berlin. La chancelière Angela Merkel n’a jamais été favorable à son élection. Elle seule peut arrêter la conspiration. Pour le moment elle ne l’a pas fait. Les spéculations vont donc bon train à l’approche du terme des mandats de deux ans et demi du président du Parlement européen Martin Schulz et du Conseil européen Donald Tusk en 2017. Jean-Claude Juncker a été élu en 2014 pour quatre ans, mais sa mission  pourrait être écourté pour des raisons de santé, susurrent ceux qui aimeraient le voir quitter la scène.

Le moment n’est pas venu de parler de successions, ont fait savoir les dirigeants des grands pays. Mais la Commission européenne très politique voulue par l’ancien Premier ministre du Luxembourg a été priée de se faire plus discrète. Le contexte à changé. « Les gens doutent. Il faut retrouver la vocation positive de l’Europe », explique-t-on à Paris. Message compris. « Nous allons accélérer les réformes, mais pas en ajouter. Nous devons achever la mise en œuvre de ce qui a été décidé, pas innover », a annoncé Jean-Claude Juncker.

La machine à encore du mal à virer. Le jour du sommet, elle a décidé de prolonger l’autorisation du glyphosate, composant des herbicides devenu un épouvantail pour l’opinion publique après avoir été classé comme cancérogène probable par le centre international de recherche pour le cancer. Et dans la foulée, elle a braqué les Etats membres en soutenant que l’accord de libre échange conclu avec le Canada n’avait pas être soumis au vote des Parlements nationaux. « Dans ces conditions, on va s’opposer à l’accord », a immédiatement fait savoir le Premier ministre du Luxembourg Xavier Bettel. Jean-Claude Juncker a aussitôt fait marche arrière. « Je ne mourrai pas sur les barricades pour une question juridique », a-t-il assuré.

La faute à Bruxelles

Tout le dilemme de la Commission est dans cette volte face. Elle n’est pas le super gouvernement de l’Europe. L’Union fonctionne sur un mode intergouvernemental. La décision appartient aux Etats, et s’ils se défaussent sur le thème « c’est la faute à Bruxelles », la Commission européenne doit se taire. « Nous avons un devoir de réserve », explique Pierre Moscovici. Le côté donneur de leçon est intolérable pour les gouvernements. José Manuel Barroso, le prédécesseur de Jean-Claude Juncker, a fait les frais des colères de l’Italien Silvio Berlusconi et de Nicolas Sarkozy, furieux contre les commentaires et les jugements portés par ses commissaires.

La tentation du moins d’Europe est grande dans les états majors de certains partis politiques. « Il faut se garder de faire une pause dans le projet européen ou de faire marche arrière, car ce serait l’aveu d’un échec », estime Pierre Moscovici. « Mais il faut également éviter la tentation de faire table rase, de réclamer de nouveaux traités, de remettre en cause les équilibres institutionnels, de vouloir réduire la Commission à un secrétariat administratif du Conseil européen », ajoute le commissaire français. Sera-t-il entendu ? L’Europe est entrée dans une période de vents très mauvais et personne ne sait s’ils redeviendront un jour porteurs.

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