Bonimenteurs

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« Un G7 en 2017 avec Trump, Le Pen, Boris Johnson, Beppe Grillo ? Un scénario d’épouvante, qui démontre combien il est important de combattre le populisme ». Lorsqu’il a publié ce tweet le 25 mai, Martin Selmayr, le redouté chef de cabinet du président de la Commission européenne, s’est attiré les foudres de ses ennemis et les sarcasmes de la bulle bruxelloise.

Un mois plus tard, les Britanniques se sont majoritairement prononcés pour la sortie de l’UE, le mouvement M5S de Beppe Grillo a pris Rome et Turin et Donald Trump, investi candidat des Républicains, pourrait bien devenir le prochain président des Etats-Unis en novembre. Quant à Marine Le Pen, elle caracole toujours en tête dans les intentions de vote des Français pour la présidentielle d’avril- mai 2017.

Le cinéaste américain Michael Moore, démocrate militant, est convaincu des chances de Donald Trump. Il a expliqué pourquoi sur son blog et a fait le parallèle avec le Brexit. Selon lui, les quatre Etats qui feront le nouveau président –le Michigan, le Wisconsin, l’Ohio et la Pennsylvanie– sont « l’Angleterre profonde » des Etats-Unis et Donald Trump peut les emporter. Ses électeurs, contrairement à ceux d’Hillary Clinton, sont motivés, veulent sa victoire et vont venir voter. Brillante, respectée à l’étranger, la candidate démocrate n’est pas aimée des jeunes et des classes moyennes, les électeurs noirs et hispaniques risquent de ne pas se mobiliser et les partisans de Bernie Sanders ne sont pas tous prêts à la rallier . Un air de déjà vu avec le vote du Brexit au Royaume Uni. Les jeunes électeurs anglais et gallois ne se sont pas mobilisés, contrairement à leurs aînés, partisans du divorce. Les querelles internes et les haines recuites dont pourrait pâtir Hillary Clinton se retrouvent en Italie, ou Matteo Renzi mobilise contre lui une partie de la vieille garde de son parti qu’il a humiliée. Non élu, il recherche un plébiscite avec le référendum prévu à l’automne pour modifier la constitution italienne. Mais en s’engageant à démissionner en cas d’échec, il a coalisé ses adversaires politiques et ses ennemis au sein de son parti, unis dans la même volonté de le faire tomber. Le populiste Beppe Grillo, chef du Mouvement 5 Etoiles, pourrait rafler la mise.

Le cynisme de Donald Trump devrait normalement ruiner ses ambitions. Grossière erreur. Ses partisans ne lui tiennent pas rigueur de son mépris ni de ses mensonges, tant ils sont aveuglés par leur haine contre Clinton. Comment être surpris après avoir constaté que les électeurs britanniques ont suivi Boris Johnson et Nigel Farage, les deux chefs de file de la campagne pour le « Leave » malgré leurs outrances et leurs bobards.

L’aplomb des populistes fait leur force. « C’est difficile d’opposer une argumentation complexe aux arguments simplificateurs des populistes », souligne Pierre Moscovici. Etrillé par la presse américaine pour avoir comparé Hillary Clinton à une « infirmière sadique » et s’être moqué du président Obama, « un homme à moitié kenyan », Boris Johnson a osé une pirouette en latin en assurant que ses propos étaient « obiter dicta », a savoir des « remarques inconséquentes ». Ça a beaucoup plu.

Le problème est que les populistes ne sont pas prêts à gouverner. Ils n’ont aucune idée, aucun projet. Johnson et Nigel Farage se sont empressés de refuser le pouvoir au lendemain de la victoire de leur Brexit. Boris Johnson a renoncé à briguer la présidence du Parti conservateur et le poste de Premier ministre car il n’avait pas l’envergure pour cela. Nigel Farage, lui, a préféré continuer à jouer l’histrion dans l’enceinte du Parlement européen ou grassement rémunéré, il se complaît à insulter les dirigeants européens. Les Britanniques commencent à regretter de les avoir écouté. « Ces hommes politique ont menti aux électeurs et le Brexit est une occasion parfaite pour affronter ces personnes », soutient l’ancien chef de la diplomatie allemande Joschka Fischer. « Marine Le Pen promet la lune, il est temps de l’affrontrer », affirme-t-il.

C’est tout le problème. Les populistes n’ont pas de réels adversaires, car la classe politique au pouvoir a peur d’eux. Elle feint avoir une trop haute considération d’elle même pour s’abaisser à leur rentrer dedans. Plutôt que les combattre, elle marche dans leurs pas, oubliant que les électeurs préfèrent toujours l’original. L’automne s’annonce périlleux pour l’Union européenne. L’élection présidentielle en Autriche, le référendum sur l’immigration voulu en Hongrie par Viktor Orban pour plébisciter son action et le référendum en Italie seront trois nouvelles mises à l’épreuves. Pour chacune de ces consultations, les partis traditionnels vont s’opposer à des dirigeants populistes dont certains sont d’extrême droite. Martin Selmayr voulait sonner l’alarme avec son tweet. Il a sans doute sonné le tocsin.

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