La peste et le choléra

La peste et le choléra

Les Français inquiètent leurs partenaires. Défaitistes et aigris, ils sont en pleine détestation de l’Europe et sont tentés par l’aventure d’un vote extrême pour la  présidentielle. Un choix  mortel pour l’Union, et pour la France .

A six jours du scrutin, rien n’est encore joué. Sur les onze candidats, quatre sont en lice pour la qualification au second tour et personne ne se risque à pronostiquer l’issue du 1er tour. L’Europe à raison de s’inquiéter, car trois d’entre-eux, Marine le Pen, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon, ne l’aiment pas. Or ils totalisent sur leurs noms 60 % des intentions de vote. Le seul candidat ouvertement pro-européen, Emmanuel Macron, rallie péniblement 23 % des électeurs. « L’Europe de Macron et de ses soutiens n’est pas celle voulue par les Français », avertit un diplomate français de haut rang.

Depuis le référendum de 2005, la France s’est détachée de l’Europe. La gauche modérée en a honte, la droite conservatrice veut la réformer, l’extrême droite et la gauche radicale prônent la rupture.

Tous les scenarii sont possible au soir du 23 avril. Le plus effrayant serait la qualification de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. « Ce serait le choix entre la peste et le choléra », commente un responsable européen. Tous deux eurodéputés, la patronne de l’extrême droite et le chef de file de la France Insoumise sont unis dans leur détestation de l’Union européenne. Marine Le Pen campe en pasionaria du Frexit, la sortie de la France de l’UE et de l’euro. Jean-Luc Mélenchon, très condottiere, somme les partenaires européens de se rallier sans conditions à ses exigences et menace dans le cas contraire de « se passer de l’Europe ». Pour les esprits simples, voter Mélenchon c’est voter pour la sortie de l’UE, car personne n’imagine les autres pays membres accéder à ses demandes.

Jean-Luc Mélenchon s’est imposé dans cette course à la présidence grâce à ses talents de tribun et à une formidable campagne qui lui a permis de laminer Benoît Hamon, le candidat du Parti Socialiste. Sa remontée a été brutale, et elle le place en quatrième position avec 18-19 % des intentions de vote, au coude à coude avec François Fillon, à 5 points de Marine le Pen et Emmanuel Macron. Aveu de faiblesse, signe qu’il n’y croit plus, Hamon a annoncé son soutien à Mélenchon pour le second tour, si ce dernier est en lice. Désarroi chez ses partisans. « On ne peut pas proposer comme horizon à la jeunesse la sortie de l’Europe que propose Mélenchon », s’est insurgé Yannick Jadot, le candidat d’Europe Ecologie Les Verts rallié à Hamon.

Le paradoxe de cette élection présidentielle est que des quatre candidats, Marine Le Pen est celle qui a le plus de chances d’être qualifiée pour le second tour et celle qui a le moins de chances d’être élue présidente de la République, car elle liguera contre elle tous ses adversaires. La vraie menace pour l’Europe est donc Jean-Luc Mélenchon. Le candidat des Insoumis concentre les critiques. Daniel Cohn Bendit, qui le connaît, dénonce sa « vision autoritaire de la vie et de la politique », et le dépeint comme un homme « très désagréable … scotché dans les années 30 ».

L’Europe, elle, vote Macron. Le discrédit jeté sur François Fillon a levé les dernières hésitations en Allemagne. Mais les électeurs français ne sont pas encore convaincus. Ils ont près de 30 % à ne pas savoir pour qui voter au premier tour. Le « ni de droite ni de gauche » les désoriente et l’opportunisme d’Emmanuel Macron, conseiller du Prince élevé au rang de ministre indispose nombre d’entre-eux. Pays conservateur, la France n’a jamais expérimenté les grandes coalitions. Les soutiens d’Emmanuel Macron ont donc modifié le logiciel du candidat pour le rendre plus attractif et parlant. Le très passif ni-ni est devenu « je choisirai le meilleur de la droite et le meilleur de la gauche », jugé plus volontaire. Le problème est que « si l’homme est talentueux, il est aussi très creux. On ne sait pas ce qu’il pense », dit de lui un de ceux qui l’ont côtoyé lorsqu’il conseillait François Hollande. Le flou est le principal reproche formulé par beaucoup de Français. Mais les indécis sont conscients de l’enjeu de cette présidentielle. « On votera pour le moins pire au second tour », disent-ils. Si Emmanuel Macron est élu président le 7 mai, il le sera par défaut, pas pour ses qualités. Mais cela n’a aucune importance pour ses partisans

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