Brexit: fin de mois difficile

Brexit: fin de mois difficile

Le Royaume Uni veut quitter l’Union européenne le 29 mars. Mais à deux semaines du départ, les Britanniques ne savent toujours pas comment partir. Theresa May a été priée de venir avec des idées claires pour le sommet européen le 21 mars. Sinon elle risque une  rebuffade et son pays quittera le club européen avec une sérieuse gueule de bois.

Les GiBis ont toujours prétendu être très intelligents. Ils vivent dans une île et ont toujours méprisé l’Union européenne, un club auquel ils ont adhéré par nécessité, mais dont ils ont sans cesse cherché à s’affranchir des règles jugées stupides, comme l’harmonisation des prises électriques ou le volume des chasses d’eaux.

Ils sont joueurs, combinent sans  cesse des stratégies, adorent parier sur tout et sur rien, mais détestent perdre. Leur décision de quitter l’Union a causé un choc, mais n’a pas vraiment surpris. L’Union a désigné le plus anglophile de ses négociateurs, le Français Michel Barnier, pour établir un contrat de divorce. La Premier ministre Theresa May l’a approuvé après avoir imposé certaines dispositions. Mais elle est aujourd’hui incapable de le faire adopter par les élus de la Chambre des Communes. Ils l’ont rejeté à deux reprises. Dans la foulée, les députés ont dit non à un divorce sans accord, refusé un deuxième référendum et lui ont imposé de demander un report de la date de sortie.

Toutes ces palinodies agacent les 27. Ils  attendent une demande de prolongation. Elle se serait de toute manière imposée en cas d’accord, car au moins huit semaines auraient été nécessaires pour faire adopter toutes les lois afin de mettre en œuvre le divorce. Mais les jeux politiciens, les tergiversations des élus britanniques, la morgue des partisans du divorce-rupture, l’incapacité de Theresa May à s’imposer à son parti et la mauvaise volonté du chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, un « brexiter » de gauche qui se voit calife à la place du calife, les ont réellement exaspérés.

Le sommet européen le jeudi 21 mars s’annonce difficile et lourd de dangers. Londres a désormais le choix entre « l’approbation du plan approuvé par Theresa May;  un plan alternatif clair et nouveau ou une sortie sans accord qui s’impose s’il n’y a pas d’alternative possible», a averti la France.

Un nouveau vote sur l’accord avait été  envisagé à la Chambre des Communes la veille du sommet.  Mais son président John Bercow a refusé  à Mme May la possibilité de représenter un texte déjà rejeté.  Le mécontentement grandit au sein de l’Union à l’approche du 29 mars. Les ministres des Affaires européenne français et allemand l’ont signifié lors de la réunion de préparation du sommet.  « Nous sommes dans une impasse du fait de la décision des Britanniques et l’incertitude est insupportable », a averti Nathalie Loiseau. « L’ambiance est très mauvaise (…) Nous sommes réellement épuisés par ces négociations », a pour sa part affirmé son homologue allemand Michael Roth.

La France et l’Allemagne ont exigé  de Theresa May une « proposition concrète », une « initiative crédible pour sortir de l’impasse. « Ce n’est pas un jeu. La situation est extrêmement préoccupante », a insisté Michael Roth.

L’Union et le Royaume uni vont entrer dans une zone de danger. L’unité des 27 est déjà ébranlée. L’Allemagne est prête à accorder « un temps de réflexion » sans conditions. La France est contre cette mansuétude. Les deux grands ont chacun leurs partisans.

Cela n’arrange pas les affaires des Britanniques, car l’unanimité est imposée pour différer le divorce. Les 27 sont devenus maîtres du Brexit et un accord n’est pas acquis pour accorder un sursis à Londres, ont assuré les représentants de plusieurs Etats membres.

Le président du Conseil européen Donald Tusk est une nouvelle fois venu semer le trouble. Après avoir promis une place en enfer aux chefs de file du Brexit, il a appelé Theresa May à changer de stratégie si elle voulait obtenir un longue prolongation. Or cette option est « impossible à faire accepter sans une vraie justification », ont averti Nathalie Loiseau et Michael Roth.

Michel Barnier a enfoncé le clou.  « La durée du report de la date de sortie du Royaume Uni sera déterminée par sa justification. Theresa May doit expliquer pourquoi elle demande un report », a-t-il insisté. « Un long report doit être lié à un évènement nouveau, à un nouveau processus politique au Royaume-Uni »‘,  a-t-il averti.

Trois hypothèses sont évoquées. Les deux premières, — de nouvelles élections au Royaume-Uni provoquées par la démission de Theresa May et l’organisation d’un nouveau référendum– , sont considérées comme de « la politique fiction ».  La troisième, un changement de la position britannique,  est  jugée improbable.  « On ne voit pas venir une alliance entre les Conservateurs et les Travaillistes qui permettrait de modifier la déclaration politique associée à l’accord de sortie », souligne-t-on à Paris. Michel Barnier a pourtant lui aussi tendu cette perche aux Britanniques.

Un long report signifierait l’obligation pour le Royaume-Uni d’organiser des élections européennes et de continuer à contribuer au budget européen. Un cauchemar pour les chefs de file du Brexit, comme l’ancien patron de l’Ukip Nigel Farage, qui  a appelé les dirigeants européens à refuser toute demande de prolongation. « Comme ça nous partirons le 29 mars, même s’il y a quelques cahots ».

Le Royaume-Uni a de moins en moins de marge de manœuvre et la tension monte . « Il ne pourra y avoir qu’une seule prolongation et son propos devra être clair », a expliqué un responsable européen. Soit il accepte l’accord de divorce;  soit il décide de révoquer l’article 50, c’est à dire renonce à quitter l’UE;  soit il divorce le 29 mars sans accord. Les 27 peuvent dans ce cas accorder un délai de quelques mois pour « prolonger l’agonie et minimiser les conséquences désastreuses de cette décision », estime le représentant d’un grand pays. Tout le monde y trouverait un intérêt . Nombre d’entreprises européennes ont encore besoin de temps pour se désengager, a expliqué un de ses homologues. « A Calais, ils ne sont pas prêts », a confié un responsable européen.  Mais le report ne pourra excéder le 1er juillet, car le 2 juillet, le nouveau Parlement européen élu en mai entre en fonctions.

Donald Tusk a inscrit le Brexit en ouverture du sommet européen. Il a compté trois heures et demi pour évacuer le sujet. Si chacun des 28 intervenants respecte un temps de parole de 5 minutes, c’est jouable. D’autant que ce sommet ne sera pas celui de la dernière chance. Les  élus britanniques seront certainement appelés à voter avant le 29 mars et un sommet extraordinaire pourrait bien être nécessaire pour en terminer avec le Brexit. Mais l’Union n’en aura pas terminé pour autant avec les GiBis.

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