L’UE diffère l’apocalyspe

L’UE diffère l’apocalyspe

L’apocalypse ne se produira pas le 29 mars. Le génie européen l’a différée de deux semaines, au 12 avril. Mais ce sursis ne devrait pas modifier la donne, car les dirigeants britanniques ne montrent aucune intention de s’entendre pour permettre un divorce négocié. Il ne faut pas s’en réjouir. Pour la première fois depuis sa création, un Etat membre claque la porte et les motifs de son départ sont préoccupants, car ils sont partagés par beaucoup de monde dans les autres pays de l’Union.

Theresa May et son opposant socialiste Jeremy Corbyn ont été reçus à Bruxelles avant le sommet européen. Naïvement, leurs interlocuteurs espéraient les convaincre à s’entendre pour faire adopter l’accord de  divorce négocié après le vote des Britanniques en faveur d’un Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Hélas, leurs espoirs ont été déçus. La Première ministre britannique est restée évasive dans ses réponses aux multiples questions de ses homologues sur sa stratégie si la Chambre des communes rejette pour la 3e fois l’accord de sortie. L’exercice a duré près de deux heures et il a été pénible, ont raconté plusieurs participants.

Préoccupés et agacés, les dirigeants de l’Union ont du modifier leurs plans et discuter des « Si » créés par le brouillard britannique et de leurs conséquences.

La discussion a été musclée. La France a haussé le ton. « Il faut en finir. Il faut décider », a lancé Emmanuel Macron. La plupart de ses homologues ont soutenu cette position. Tout le monde est à bout de patience, ont confié plusieurs diplomates, même si en public, les même dirigeants disent le contraire.

Theresa May a été privée de diner et a du se contenter d’un plateau repas avalé dans un salon en consultant le réseau twitter pour prendre le pouls de la presse. Donald Tusk l’a régulièrement consultée pendant les six heures de discussions entre les 27, notamment durant la pause organisée pour finaliser la solution retenue.

Theresa May a donné son aval. « Je me réjouis de cette évolution », a annoncé le président du Conseil en la présentant à la presse. « Jusqu’au 12 avril, tout est possible. Le sort du Brexit est entre les main des Britanniques. nous sommes préparés au pire, mais nous avons l’espoir que le meilleur adviendra. L’espoir meurt en dernier », a-t-il expliqué, lyrique.

Le compromis trouvé est imaginatif et tient compte de toutes les positions exprimées. Il offre aux Britanniques deux options en double détente. Soit leurs parlementaires acceptent l’accord de sortie et le divorce est retardé au 22 mai pour leur permettre d’adopter toutes les législations nécessaires à sa mise en oeuvre, soit ils le rejettent. Dans ce cas, Theresa May a jusqu’au 11 avril pour notifier à l’UE la décision de faire participer son pays aux élections européennes. Soit elle le fait, ce qui ouvre la possibilité d’une longue prolongation pour mieux organiser le départ du Royaume-Uni ou changer d’avis; soit elle refuse, et dans ce cas, ce sera le Brexit dur, et le chaos prédit au Royaume Uni et dans beaucoup de pays de l’UE.

Pourquoi les Européens se félicitaient de ce qu’ils considèrent comme un beau coup ? Parce qu’ils misent sur la fin de Theresa May. Elle a annoncé son refus d’organiser des Européennes au Royaume-Uni et « elle ne devrait pas survivre à un 3e rejet de son accord de sortie », a confié un haut responsable européen.

Son départ ouvrira beaucoup de possibilités: organisations d’élections nationales couplées à des Européennes, révocation de la décision de quitter l’UE, comme le demandent près de 3 millions de Britanniques dans leurs réponses à un sondage en ligne.

Personne ne crois que la Chambre des Communes va accepter l’accord. « Quand je suis arrivé, il y a avait 10% de chances que l’accord soit accepté la semaine prochaine. Maintenant je pense que les chances sont à 5% », a confié Emmanuel Macron à Donald Tusk après avoir entendu Theresa May. « Tu es très optimiste », lui a répondu le président du Conseil européen. L’échange a été raconté par plusieurs participants présents aux cotés des deux dirigeants. Ne pas le démentir est un message envoyé à Londres avant le vote à Westminster.

 

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