2020, mornes fêtes, mais tout n’est pas sombre pour l’UE

2020, mornes fêtes, mais tout n’est pas sombre pour l’UE

Les fêtes de fin d’année seront moroses à cause de la pandémie, mais des lueurs d’espoirs pointent pour 2021: l’Amérique à un nouveau président, des vaccins sont annoncés, les négociations sur l’après Brexit avec Londres pourraient surprendre  et le Hongrois Viktor Orban ne semble pas déterminé à pousser l’Union à sa perte.

Les sapins sont de sortie, mais leurs décorations seront chiches. L’heure n’est pas à la fête. Le virus parti de Chine ne désarme pas. Des vaccins sont annoncés, mais le port du masque, les magasins et les restaurants fermés, le couvre-feu et le confinement vont être le quotidien des Européens pendant des mois. Et la sortie de crise sera très douloureuse, économiquement, sociologiquement et moralement.

Les dirigeants européens se sont entretenus de tous ces problèmes lors de leur sommet en visioconférence le 19 novembre. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a été chargée de dispenser de bonnes nouvelles, mais ses annonces sur les vaccins cachaient une triste réalité. Ils ne seront pas disponibles avant le début de l’année 2021 et la campagne de vaccination va prendre des mois pour les 450 millions d’Européens. Or il faut 70% de la population vaccinée pour stopper la propagation du virus. Beaucoup va dépendre de l’acceptabilité des populations. Cela s’annonce très mal en France où la défiance atteint des sommets. Faudra-t-il imposer la vaccination obligatoire? La mesure serait extrême et mal acceptée.

Les restrictions et le renoncement aux plaisirs de la vie  vont durer au moins jusqu’à l’automne. L’annoncer avant les fêtes de fin d’année donne des cauchemars. Ce sera un choc pour les tous les Européens qui veulent se retrouver en famille, se déplacer, préparent leurs congés et envisagent des sports d’hiver. Et le secteur de la distribution tremble. Les commerçants réalisent un énorme chiffre d’affaire à la fin de l’année.

Il va falloir de l’empathie, de la psychologie pour préparer à ces mauvaises nouvelles. Le Président du Conseil européen, le belge Charles Michel, s’y est risqué au lendemain du sommet. « Nous devons tirer les leçons du passé et être prudents lorsque nous levons les restrictions. Cela doit être fait de manière progressive. Nous voulons tous célébrer les fêtes en toute sécurité », a-t-il expliqué dans un message sur son compte twitter.

Emmanuel Macron devrait annoncer rapidement les étapes et les modalités d’un « déconfinement progressif » en France. Mais il sera conditionné par la situation sanitaire. Son intervention est très attendue. Le pays,  carrefour en Europe, est actuellement bloqué: les déplacements sont interdits, un couvre-feu a été imposé et une surveillance policière mise en place.

« Il faut tenir compte des aspirations des gens sans relâcher l’effort afin d’éviter une troisième vague au retour. Il faut trouver le bon équilibre, faire des arbitrages. Ce ne sera pas simple », a commenté un des participants au sommet.

Si les fêtes de fin d’année risquent d’être gâchées pour les citoyens, elles pourraient être moins sombres pour leurs dirigeants.

Donald Trump a perdu l’élection. Le père fouettard américain est tombé après avoir pourri la vie du monde entier pendant quatre ans. Le soulagement incite a fêter le nouvel élu, le démocrate Joe Biden, et à trop attendre de lui. L’erreur a déjà été faite avec Barack Obama, dont il était le vice-président.

Mais il peut faire beaucoup pour aider à lutter contre la pandémie, que  Trump raillait,  contre le changement climatique, que Trump niait,  contre le délitement des organisations internationales, que Trump abhorrait, contre ‘affaiblissement des alliances, que Trump méprisait. Le soulagement est perceptible dans l’expression des dirigeants européens et se mesure avec les attentes exprimées.

L’effacement de Donald Trump prive le Britannique Boris Johnson d’un tuteur. Engagé dans de difficiles négociations pour un accord commercial avec l’UE, il commence à faire des mouvements après s’être séparé de ses conseillers .

« Après des semaines difficiles avec des progrès très lents, nous avons vu ces derniers jours de meilleurs progrès, plus de mouvement sur des dossiers importants. C’est une bonne chose », s’est félicitée Ursula von der Leyen. Mais attention, les Européens sont encore loin du compte.

« Il reste encore beaucoup de travail », a-t-elle insisté. Les positions ont peu évolué sur les trois conditions imposées pour un accord: les garanties réclamées à Londres sur les règles du jeu en matière de concurrence, l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques et la manière de régler les différends dans le futur accord.

« Trop tard, trop lent, trop loin pour parler de négociation finale », résume un négociateur européen. Mais pas question de renoncer. « Avec Boris Johnson, tout est possible. Il peut décider d’accepter l’accord proposé. Il n’a pas encore fait ce choix.  Mais la pression monte au Royaume-Uni pour le contraindre à le faire », souligne-t-il.

Le calendrier devient très serré et cela peut durer jusqu’en décembre. La perspective assombrit l’humeur des équipes européennes. Un accord serait un beau cadeau pour leur chef, Michel Barnier, mais le Savoyard est triste, car pour lui, l’heure de la retraite aura sonné à la fin de l’année.

Il reste un peu plus d’un mois avant le 31 décembre, fin de la période de transition. Le Royaume-Uni  a quitté l’UE le 31 janvier 2020 et il cessera d’appliquer les normes européennes le 1er janvier 2021. Il deviendra alors un pays tiers, comme la Corée du Nord, qui n’a aucune relation normalisée. Boris Johnson préfère citer l’Australie, qui négocie une relation commerciale. Tout est dans la narrative vis à vis de  l’opinion publique britannique.

La chute de la maison Trump est également mal vécue par trois dirigeant européens: le Hongrois Viktor Orban, le Polonais Mateusz Morawiecki et le Slovène Janez Jansa. Ils avaient milité pour sa réélection. Janez Jansa s’est même fait l’écho des fausses informations diffusée par Trump annonçant sa victoire.

Tous les trois sont en délicatesse avec les valeurs de l’UE. Ils refusent que l’octroi des fonds européens soit conditionnés au respect de l’Etat de droit. Pour tenter  d’obtenir gain de cause, ils ont bloqué le budget pluriannuel 2021-2027 et la capacité d’emprunt pour financer les 750 milliards du plan de relance. L’adoption se fait à l’unanimité. Leur démarche irrite et est mal jugée par leurs concitoyens. La Hongrie, la Pologne et la Slovénie dépendent de l’argent européen.

Une solution va être trouvée, assurent les plus optimistes. Mais il faudra en passer par une crise, avertissent les réalistes. La tourmente partie de l’Est va se mêler à celle provoquée par Londres et les effets cumulés vont faire tanguer le navire européen. Mais des signaux sont envoyés par le plus dur des frondeurs.

« Il existe de nombreuses solutions possibles, c’est juste une question de volonté politique », a assuré Viktor Orban au lendemain du sommet.

Ses pairs avaient décidé d’éviter tout esclandre. La visioconférence ne se prêtait pas à un tel exercice. « Nous nous attendions à cette crise. Mais personne n’a la volonté de tout casser. Il va falloir négocier », ont expliqué plusieurs participants.

Personne ne se risque encore à formuler ses voeux pour l’année 2021, mais tout le monde souhaite tourner rapidement la page de 2020, « annus horribilis ».

 

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