Brexit: The last dance pour Theresa May

Brexit: The last dance pour Theresa May

Les Européens ont donné quelques semaines à Theresa May pour constituer une majorité en mesure d’accepter les termes du divorce avec le continent, mais il ne se font pas beaucoup d’illusions et se préparent avec une certains appréhension au chaos annoncé.

Le sommet européen des 16 et 17 octobre devait être l’heure de vérité. Theresa May avait une demi heure pour expliquer son refus des dernières propositions de ses partenaires. L’audition a duré un quart d’heure. Elle a été éprouvante.

Theresa May était venue avec beaucoup de certitudes, mais les mains vides. Ses partenaire le lui ont signifié de manière parfois un peu abrupte et l’entretien a été traumatisant. Selon les confidences de plusieurs participants recueillies par l’agence de presse Bloomberg, elle était nerveuse, a parlé trop vite et la chancelière Angela Merkel n’a pas vraiment compris ce qu’elle disait.

« Elle n’a rien dit de substantiellement neuf dans son intervention », a lâché le Premier ministre néerlandais Mark Rutte après l’audition. Cela n’a pas surpris grand monde. « Les Britanniques ne savent pas ce qu’ils veulent », a déploré la présidente de la Lituanie Dalia Grybauskaitė.

Visiblement lassés par les palidonies britanniques, les dirigeants européens ont expédié leur diner de travail consacré au Brexit. « Pendant le diner on mange, on parle, on ne négocie pas », Dalia dixit. Le Premier ministre belge Charles Michel et ses amis Emmanuel Macron et le Luxembourgeois Xavier Bettel ont ensuite sorti Angela Merkel pour boire une bière dans le centre de Bruxelles. Le quatuor a été imortalisé par un amateur et l’image des quatre dirigeants souriants en train de trinquer après avoir congédié Theresa a frappé les esprits de l’autre côté de la Manche. Le Brexit, « Tout le monde s’en fout », a confié à Libération l’eurodéputé français Alain Lamassoure.

Les explications le lendemain ont été humiliantes. « Les Britanniques savent ce qu’ils doivent faire pour un accord », a lancé Charles Michel. « Ce n’est pas à l’union européenne de faire des concessions pour aider à trouver un consensus interne britannique », a renchéri Emmanuel Macron.

« Les négociateurs ont vraiment essayé d’élaborer un dispositif qui aide autant que possible les Britanniques, mais ils n’ont pas été en mesure de prendre. La réalité est qu’ils n’ont toujours pas fait les choix politiques. Ils doivent trancher », a expliqué l’un d’eux.

« Michel Barnier a été aussi loin qu’il pouvait le faire », a insisté Nathalie Loiseau, la ministre française aux Affaires européennes.

Les discussions achoppent sur les contrôles à instaurer entre l’Irlande, membre de l’UE, et l’Irlande du Nord, territoire britannique, sans rétablir la frontière physique supprimée par l’accord de paix du « vendredi saint » de 1998 . Car une fois le Royaume Uni sorti de l’UE, la frontière avec l’Irlande du Nord deviendra la frontière extérieure de l’UE avec la Grande Bretagne, devenue un pays tiers.

La question divise le parti conservateur et ses alliés nord-irlandais du DUP, dont les dix députés permettent à Theresa May de compter sur une majorité au Parlement.

Les Britanniques ont décidé de quitter l’Union douanière et le marché unique européen, mais ils n’ont pas pensé à la spécificité de l’Irlande du Nord, dont les électeurs ont voté majoritairement contre le Brexit lors du referendum en 2016.

Trois choix sont laissés à Theresa May: soit Londres accepte de laisser l’Irlande du Nord dans l’Union douanière européenne, et la province devient frontière extérieure avec la Grande Bretagne;  soit le Royaume Uni revient sur sa décision et reste tout entier dans l’Union douanière;  soit l’Irlande du nord et l’Irlande sont à nouveau séparées par une frontière, ce que refuse le DUP.

Theresa May a accepté le maintien du Royaume Uni dans l’Union douanière jusqu’à la conclusion d’un nouvel accord commercial avec l’UE. Mais les « brexiters » refusent cette formule, car les négociations prendront du temps. Or le Royaume Uni n’aura pas la possibilité de conclure des accord commerciaux en demeurant dans l’Union douanière. Leur chef de file, l’ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, tonne contre une « vassalisation ».

« La question est de savoir quelle majorité Theresa May peut avoir pour cette solution dont elle nous avait dit qu’elle l’assumait. C’est une question de politique intérieure britannique », commente Nathalie Loiseau.

« Theresa May voudrait en quelque sorte une moitié de l’Union douanière et un quart du marché intérieur », a confié Michel Barnier cité par un participant au diner des 27.

Elle doit faire des choix, en toute responsabilité, pour obtenir une majorité nécessaire afin d’adopter cet accord », a insisté le négociateur de l’UE dans un entretien au Journal du Dimanche  .

La Première ministre britannique a été renvoyée  affronter ses démons au Royaume Uni avec une mission: « être créative ».

« Le vote du budget britannique (en novembre) sera un test de sa capacité à trouver cette majorité. Elle peut être Churchill … ou personne », a commenté un responsable européen sous couvert de l’anonymat. La mobilisation pour réclamer un second referendum pourrait l’aider.

Plus question de tergiverser. Le sommet exceptionnel envisagé à la mi-novembre a été annulé et Emmanuel Macron lui a fixé un ultimatum. « Il faut qu’un accord soit trouvé pour la fin novembre ». La prochaine échéance est le sommet européen des 13 et 14 décembre. Une réunion reste toutefois possible avant ce terme, mais seulement si des progrès décisifs ont été enregistrés dans la position britannique.

Le sommet a été agité par d’intenses spéculations sur une prolongation de la période de transition après la sortie du Royaume Uni le 29 mars 2019. Jusqu’au 31 décembre 2020, les Britanniques continueront à bénéficier de tous les avantages de leur appartenance à l’UE, mais sans pouvoir influencer les décisions. Mme May envisage de demander de la prolonger pour  apaiser la tension autour du sort de la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Pas question de la laisser faire pour les Brexiters  

« Il faut d’abord un accord sur les conditions du divorce », a insisté la Commission européenne. Les dirigeants de l’UE ne sont pas opposés par principe. « Si des progès significatifs ont été enregistrés et si cela peut permettre d’aider pour un accord, cela ne me pose pas de problèmes », a assuré Dalia Grybauskaité.

« Il n’y a pas eu de progrès décifs constatés à ce stade. Il y a eu beaucoup de spéculations sur la durée de transition, mais le sujet n’a pas fait l’objet de discussions entre les 27 », a tranché le président du conseil européen Donald Tusk lors de sa conférence de presse commune avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Ce dernier a toutefois relancé le jeu quelques minutes plus tard en soutenant que « cette prolongation de la transition aura probablement lieu ».

« Je ne pars pas sur l’hypothèse d’un non accord. Ce serait dangereux pour l’Union européenne », a-t-il expliqué. Son optimisme est toutefois loin d’être partagé. Même Michel Barnier doute.

 » S’il n’y a pas d’accord, le 30 mars, il n’y a pas de transition. Ils sortent des institutions et, aussi,  immédiatement, du marché intérieur et de l’union douanière. On trouvera des solutions d’urgence pour établir une certaine continuité, mais ce sera extrêmement grave », a-t-il averti

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