Un divorce et deux enterrements

Un divorce et deux enterrements

L’Union européenne est entrée dans un long hiver. Le divorce avec le Royaume Uni, la retraite de la chancelière Angela Merkel et l’agonie de la commission dirigée par Jean-Claude Juncker gèlent tout espoir de relancer la machine. Tout le monde attend l’issue des Européennes le 26 mai pour un retour du printemps.« J’ai du mal à mettre son nom sur un acquis européen majeur ». La sentence est cruelle. Elle traduit la déception de son auteur, Sébastien Maillard, directeur de l’institut Jacques Delors, Européen convaincu.

Les faits lui donnent raison. Angela Merkel a combattu les engagements européens pour lutter contre le réchauffement du climat afin de défendre les gros pollueurs allemands. Elle s’est montrée très hésitante durant la crise de la zone euro. Elle a baissé pavillon face à Donald Trump pour éviter une taxation de ses chère voitures au Etats-Unis. Elle a fait exploser l’Union européenne durant la crise des réfugiés. « Elle n’a jamais eu une vision pour l’Europe. Elle s’est montrée tacticienne pour ménager son électorat et défendre les intérêts de son pays », assène-t-il.

L’analyse est partagée. « La chancelière a été une catastrophe sans nom pour l’Union depuis 2007. Elle n’a jamais eu la moindre idée sur l’Europe et est responsable de la crise de la zone euro », soutient le journaliste européen Jean Quatremer, auteur d’une tribune au vitriol publiée en … 2010.

« Elle a fait beaucoup de bêtises »,  juge Jean-Dominique Giuliani,  président de la Fondation Schuman. « Elle a décidé seule sur certaines chose et a causé des catastrophes », affirme-t-il. La sortie de l’Allemagne du nucléaire et son annonce de ne plus renvoyer en Grèce les réfugiés et les migrants arrivés en Allemagne depuis ce pays ont été décrétées sans concertation avec ses partenaires de l’UE.  Elles ont divisé l’Europe et sont la cause de la montée des partis d’extrême-droite.  La CDU, son parti politique paie très cher électoralement  les conséquences de sa dernière décision et l’a poussée à la retraite. Une sortie sans gloire pour « Queen Europe ». Dépitée, elle a même écarté l’idée d’une nomination à la présidence de  Commission européenne .

Angela Merkel laisse une Allemagne « un peu fatiguée de l’Europe, qui temporise et se met sur la défensive quand vient le moment de parler d’intégration pour l’Union économique et monétaire », souligne Sébastien Maillard.

La course pour sa succession est ouverte. Il faudra attendre décembre pour connaitre l’élu. La France mise sur sa dauphine, la Sarroise AKK (Annegret Kramp-Karrenbauer), francophile et pro-européenne. Angela Merkel restera chancelière jusqu’en 2021, mais « plus personne ne va l’écouter » et « elle pourrait ne pas terminer son mandat », estiment la plupart des analystes.

Les Britanniques se trompent s’ils espèrent que l’effacement de la chancelière va leur permettre d’ouvrir une brèche dans la position des 27. La ligne a été arrêtée lors du dernier sommet en octobre et Theresa May a reçu une mission: trouver une majorité pour faire accepter leurs propositions.

Le long hiver s’annonce, plein de dangers pour l’UE. L’unité a volé avec la crise des réfugiés et une rupture menace. Certains Etats membres la souhaitent. Les théoriciens de l’Europe des cercles concentriques ont repris du service et leur plus farouche opposant, Jean-Claude Juncker, n’a plus l’autorité pour les contrer.

Sa commission « politique » est en phase de décomposition. Deux de ses vice-présidents, le Néerlandais Frans Timmermans et le Slovaque Maros Sefcovic se sont engagés dans la course des primaires au sein de la famille socialiste pour lui succéder à la présidence de la Commission européenne et nombre de commissaires, à la recherche d’un nouveau job, ont la tête ailleurs.

L’appareil est lui aussi inquiet. Les intrigants sont en piste pour décrocher un des nombreux postes qui seront vacants avec les départs à la retraite de plusieurs directeurs généraux. L’Allemand Martin Selmayr, le tout puissant secrétaire général de la Commission, est à la manoeuvre, ce qui lui permet de conforter son pouvoir en interne. Très ambitieux, il cherche dans le même temps à se rendre indispensable auprès de son compatriote Manfred Weber, 46 ans, en lice pour devenir le champion du PPE pour les Européenne et, en cas de victoire de la famille, le prochain président de la Commission européenne. Entreprise hasardeuse. Deux Allemands à la tête de la Commission, ce sera difficile à faire accepter.

Manfred Weber doit d’abord se débarrasser de son challenger, l’ancien Premier ministre finlandais Alexander Stubb, son ainé de 4 ans et son opposé. Polyglotte, extraverti et un brin exhibitionniste, Stubb séduit. Taciturne, discret et introverti, Weber a choisi de travailler dans l’ombre. Mais il s’est acquis les votes des parti membres du PPE. Le soutien affiché de la chancelière et son profil très conservateur l’ont servi. Le congrès du 8 novembre à Helsinki dira qui la famille veut pour la représenter pour la campagne des Européennes.

Le PPE devrait demeurer la première force politique au Parlement européen, mais il laissera des plumes aux partis populistes dans l’élection. Conserver le Fidez, le parti du tribun hongrois Viktor Orban, au sein de la famille confortera cette supériorité. Son exclusion n’est pas à l’ordre du jour.

Mais le PPE avec Orban en son sein ne sera pas en mesure de faire adouber son champion sans alliés. Et cette fois, la coalition avec les socialistes ne suffira pas. Il faudra l’élargir aux Libéraux et peut être même aux Verts. Et pour cela mieux partager le gâteau. Cinq postes sont en jeu: présidence de la Commission, présidence du Conseil européen, présidence du Parlement européen, chef de la diplomatie européenne et président de la Banque Centrale européenne. « C’est un paquet », souligne un des chefs de la famille du PPE. « Chacun des alliés devra obtenir satisfaction pour parvenir à un accord et permettre au candidat choisi pour la présidence de la Commission européenne d’être adoubé par le Conseil puis élu par le Parlement européen »,  précise-t-il. L’obstacle sur le chemin de Manfred Weber est là. Il se nomme Emmanuel Macron.

Les choix du président français seront déterminants pour la sortie de l’hiver européen. Il semble avoir compris que la présidence de la BCE ne valait rien et que mieux valait peser sur la désignation du président de la Commission et obtenir une vice-présidence avec une fonction importante. Emmanuel Macron se dit proche de l’Alliance des libéraux et démocrates pour l’Europe (ALDE) et cette famille politique a choisi d’attendre pour désigner son chef de file. Le président français a une candidate: la Danoise Margrethe Vestager, 50 ans, la « Tax Lady » de la Commission, un des rares membres de l’équipe Juncker connu et craint de Donald Trump avec la Suédoise Cecilia Malmstrom, la commissaire au Commerce.

Margrethe Vestager pose toutefois beaucoup de problèmes: son pays n’est pas dans l’euro, ni dans la Défense, et, comble de malchance, si la Gauche Radicale (DSLP), son parti, est membre de l’ALDE, il est dans l’opposition au gouvernement libéral de Lars Lokke Rasmussen.

L’imposer sera très difficile. Mais pas impossible, si les Libéraux la soutiennent.  Emmanuel Macron travaille à cela et signe des temps, Mme Vestager prend des cours de Français, contrairement à Manfred Weber, qui ne juge pas cette démarche nécessaire.

Le président français veut relancer l’Europe. Il est le seul en mesure de le faire. Avec Margareth Vestager, il a un solide atout dans son jeu.

Une réaction au sujet de « Un divorce et deux enterrements »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *