Défense européenne: Emmanuel Macron joue l’action

Défense européenne: Emmanuel Macron joue l’action

Appui à une intervention militaire ou opération d’évacuation des ressortissants européen, la force d’intervention européenne voulue par Emmanuel Macron se concrétise.

Florence Parly, ministre des Armées, a défendu ce projet face à ses homologues européens lors d’une réunion informelle le 5 mai à Sofia, en Bulgarie.

Le projet inquiète au sein de l’UE et à l’Otan, a reconnu la ministre française. La coalition des volontés devrait voir le jour début juin avec une dizaine de pays. France, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Espagne, Italie, Portugal, Danemark et Estonie ont dit leur intérêt, mais certains hésitent encore à s’engager.

Paris ne se retrouve pas dans la coopération structurelle renforcée (mieux connue sous son acronyme PESCO en anglais) à laquelle ont adhéré 23 des 28 membres de l’UE en novembre 2017. Trop défensive, trop lourde à actionner.

Le projet initial voulu par Emmanuel Macron était un petit groupe de pays rodés aux opérations militaires qui constituent le noyau dur et que les autres rejoindraient ultérieurement en fonction de leurs moyens, a expliqué le Français Pierre Vimont, ancien numéro deux de la diplomatie de l’UE cité par le Figaro.

Florence Parly m’a expliqué le projet dans un entretien à l’issue de la réunion de Sofia:

L’Initiative Française va-t-elle voir le jour ?

« Elle va voir le jour. Elle a fait partie des sujets dont j’ai pu parler en marge de cette réunion informelle avec un certain nombre de mes collègues ».

« Nous avons initié un travail très actif d’explication et d’échanges sur ce que cette Initiative Européenne d’Intervention est: un mode de coopération entre des états qui disposent d’un certain nombre de capacités opérationnelles ou de soutien et qui sont désireux de les utiliser la où cela paraitra nécessaire et utile, et cela quel que soit le cadre juridique d’intervention ».

« Il fallait expliquer concrètement ce que cela recouvre et rassurer un certain nombre de nos partenaires sur la bonne articulation entre cette initiative et  tout ce que l’UE est en train de bâtir à très grande vitesse ».

« En l’espace de quelques mois, l’Europe de la Défense a très fortement progressé, mais pour la première fois depuis que l’UE existe, des moyens communautaires sont réservés pour assurer la défense et la sécurité des citoyens européens. C’était une priorité française ».

« Il fallait, au moment où ces initiatives émergent et prennent de la consistance, apporter les explications nécessaires sur la bonne articulation entre l’Initiative Européenne d’Intervention et les projet en train de se construire ».

L’objectif est de déboucher sur une lettre d’intention autour de laquelle se retrouveront un certain nombre d’états partenaires ».

Q: Vous confirmez la participation de dix pays ?

« Oui, c’est l’ordre de grandeur. On doit se réunir début juin pour la formaliser. La date n’est pas encore arrêtée. Cela va devenir très concret très vite. On en avait rêvé longtemps et cela arrive enfin. On va passer de la phase de la conception à des réalités ».

 

Q: Ce sera une force d’intervention militaire, ou pourra t’elle avoir d’autres missions  ?

« Le champ peut être assez large. Ce ne sera pas que pour une intervention à caractère militaire comme celle que nous menons aujourd’hui au Mali. Cela peut être plus diversifié. Beaucoup d’états sont potentiellement concernés par la question de l’évacuation de leurs ressortissants en cas de crise. Voila une partie de périmètre qu’on souhaite couvrir ».

« L’objectif est de s’appuyer sur des états pas nécessairement volontaires pour une intervention militaire offensive, mais aussi tous ceux prêts à soutenir, comme le font un certain nombre de pays à nos cotés par rapport à Barkhane, l’Allemagne, l’Espagne, avec un appui à caractère logistique, ce qui est extrêmement important ».

« Il s’agit de conjuguer les spécificités propres à chacun pour en faire une vraie force à partir du moment ou ces spécificités sont conjuguées de façon complémentaire ».

L’Initiative comprend l’idée de bâtir une culture stratégique, parce que le jour ou elle aura vocation à s’exprimer, il faudra qu’en amont cette culture stratégique ait pu être développée. C’est la garantie de l’efficacité de la mise en commun de moyens ou de forces pour faire une intervention de manière efficace ».

Q: Mais l’Union européenne s’est déjà dotée de moyens, notamment les groupements tactiques. Tout cela ne risque pas de doublonner ?

« Je ne doute pas que l’initiative aura pour conséquence de booster des dispositifs qui existent et ne sont pas toujours actives ».

Q: Le bataillon Franco-allemand sera-t-il le noyau de départ ?

« Je ne peux pas le dire dès aujourd’hui, mais nous devons avoir une réflexion assez large sur l’ensemble des moyens mobilisés dans différentes instances de l’UE, de l’Otan, de l’Onu. Il y a un besoin de compréhension et de simplification ».

Q: l’argent? 

« L’Initiative Européenne d’Intervention ne nécessite pas la mobilisation de financements communautaires

« La Proposition pour le Budget européen 2021-2077 prévoit une enveloppe de 20 milliards d’euros, ce qui est extrêmement significatif et qui illustre combien cette priorité est devenue communautaire et partagée. »

« Les financements ne sont pas dédiés à des interventions, mais au financement du Fond Européen de Défense (FED), autre innovation majeure de l’Europe de la Défense avec 13 milliards d’euros ».

« Nous avons dans l’idée de soumettre au FED le projet de Drone militaire dévoilé à Berlin. La France contribue à ce projet avec l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie. Le fait que des financements communautaires puissent venir soutenir un projet de ce type est une forme d’aide directe et indirecte, parce que ces efforts la n’auront pas à être fournis sur les budgets nationaux, en forte croissance en France, qui pourront prendre en compte la poursuite d’interventions comme celle menée à Barkhane« .

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